Lors d’une dispute avec son frère cadet qu’il accuse d’avoir dérobé son fric, Michel, 28 ans, a manqué de peu de blesser volontairement son père à coups de machette alors que ce dernier tentait de séparer les deux protagonistes. Il en a été empêché par une intervention des forces de l’ordre. Mais l’intention coupable établie, le procureur a requis contre lui 12 mois d’emprisonnement ferme.

A 28 ans, Michel (nom d’emprunt), petit commerçant, vit encore sous le toit parental, sa situation financière ne lui permettant pas de s’offrir un domicile à lui. Mais là n’est pas le problème. Quand le presque trentenaire est en colère, c’est à peine s’il ne tient pas toute sa famille en respect. Ça, tout le quartier le sait. S’il n’assène pas la fratrie d’injures, c’est son père ou sa mère qu’il menace de mort. Cela arrive très souvent lorsque que le jeune homme prend un verre de trop, ou peut-être quand il fait une overdose de stupéfiants, comme on le soupçonne.

Le jour où il a pris couteau et machette pour s’en prendre à  son frère cadet, il n’était d’ailleurs pas lucide. Il était en état d’ivresse. Les deux armes blanches en main, il voulait en découdre avec son frangin qu’il accuse d’avoir dérobé son pognon. Témoin de cette altercation, le géniteur des deux protagonistes voulait coûte que coûte éviter un bain de sang qui n’honorerait pas la famille. Il est donc entré en scène pour séparer ses fils. Il ne s’attendait sûrement pas à ce que Michel se retourne contre lui. Eh bien ! C’est ce que fit l’alcoolique jeune homme, au sang bouillant. Si la gendarmerie n’était pas intervenu ce jour-là, Michel aurait commis l’irréparable sur son propre géniteur, comme il l’a d’ailleurs promis lorsqu’il s’est retrouvé dans les mains des pandores.   

Si ça ne tenait qu’à son père, l’affaire serait réglée en famille, sans tambours ni trompettes, pour sauver l’honneur des siens. Mais hélas pour lui : de la gendarmerie, Michel a été déféré au parquet.

« Je voulais juste l’intimider »

De l’enquête préliminaire à l’instruction, le prévenu n’a pas nié les faits de tentative de coups et blessures volontaires à lui reprochés. Sauf que cette tentative de coups et blessures n’était pas réfléchie, à en croire le mis en cause, qui dit avoir agi sous l’effet de l’alcool. Mieux, il ne voulait, à l’origine,  qu’intimider son frère cadet.

Comparaissant devant le tribunal de grande instance de Ouagadougou, c’est ce qu’il a encore soutenu. Mais son attitude à la barre l’a trahi. Lorsqu’il a été appelé à livrer sa déposition, il s’est permis de déclarer: « Monsieur Compaoré (nom d’emprunt que nous donnons ici au père) a tenté de me séparer de mon frère ». Des propos qui ont provoqué la stupéfaction du juge qui a trouvé indécente cette manière employée par le jeune homme pour parler de son père.

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De l’avis de monsieur Compaoré, l’attitude de son fils est incompréhensible et nourrit le doute d’une maladie mentale qui l’affecterait. Le juge, lui, est convaincu qu’il n’en est rien. « Votre enfant est plutôt gâté, mettez-le à la porte d’autant plus qu’il est assez majeur pour se prendre en charge », a-t-il suggéré.

12 mois ferme

Pour le ministère public, l’intention coupable de Michel n’est plus à démontrer. Autrement, il aurait parvenu à ses fins si les forces de l’ordre n’étaient pas intervenues. A cet égard, le parquet a requis une peine d’emprisonnement de 12 mois fermes et une amende de 250 000 F CFA contre le mis en cause qui a souhaité la clémence des juges, non sans présenter, à la barre, son mea culpa à son père. Sans doute que la volonté de ce dernier a pesé sur la décision du tribunal. En effet, le prévenu que son géniteur compte envoyer chez un psychologue a écopé de 18 mois de prison, dont deux fermes et une amende de 500 000 F CFA. Détenu il y a déjà trois mois, Michel ne retournera donc pas en prison.

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S’il avait des doutes  jusqu’à l’instant I où il s’est retrouvé à la barre, Michel sait désormais que son père lui voue un amour inconditionnel, au nom duquel il a demandé en sa faveur la clémence des juges. Libre, il pourrait bâtir son estime de soi sur cet amour parental inconditionnel, comme le conseille le psychiatre français, Christophe André.

Bernard Kaboré

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