Auteurs de vols de téléphones à l’arraché, deux jeunes garçons, à peine majeurs, ont comparu devant le tribunal de grande instance de Ouagadougou dans la matinée du 7 juin 2022. Reconnus coupables, ils devront  séjourner un an en tôle dont sept mois de sûreté et s’acquitter d’une amende d’un million de F CFA.  

Entre Abdoulaye et Gérard, (noms d’emprunt), il y a un fossé de six ans. Le premier  est âgé de 25 ans, le second de 19. Au-delà de leur âge, les deux sont opposés par leurs apparences physiques. Abdoulaye est d’une corpulence moyenne, le regard plein de confiance, tandis que Gérard, chétif et élancé ne rassurerait pas un inconnu des yeux. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils ne font pas les quatre cents coups ensemble. En effet, les deux jeunes hommes partagent en commun un mauvais loisir : la consommation de stupéfiants pour laquelle ils ont relégué leurs études au second plan et opté pour des casquettes  d’employés de commerce.  

Entre deux bouffées de cannabis nait un autre malin plaisir par lequel se distingue le binôme : le vol à l’arraché. Leur butin privilégié ? Le téléphone portable, lorsqu’il est surtout de dernière génération. Comment ils procèdent ? Simple et mécanique : Abdoulaye et Gérard se remorquent à moto. L’un, Abdoulaye, au guidon et l’autre à l’arrière, ils scrutent les motocyclistes qui, en circulation marquent un arrêt pour  décrocher un appel ou sortent leur téléphone de façon désintéressée quand ils attendent que le feu tricolore passe au vert. Les dames ne sont pas épargnées, leurs sacs à main, supposés contenir un téléphone portable  sont aussi guettés.

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Quand le binôme arrive à hauteur de sa cible, Gérard qui est à l’arrière arrache d’une main le téléphone ou le sac, Abdoulaye accélère, faufile à vive allure entre les usagers de la route et le duo se fond au loin dans la masse. C’est presque à coup sûr que la stratégie marche pour les deux qui, dans  leurs rôles partagés, sont d’une complicité parfaite. L’objet volé est ensuite vendu, la cagnotte est partagée en deux.

Mais l’adage dit que tous les jours appartient au voleur mais un seul pour au propriétaire. En effet, ce jour du 4 avril 2022 fut celui d’un artiste musicien qui a vu ses téléphones arrachés par le duo. Ce jour-là, Abdoulaye et Gérard revenaient de la Patte d’Oie, ce quartier populaire de Ouagadougou où ils se procurent habituellement le psychotrope chez un ami qui en vend.

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Au milieu d’un groupe d’usagers stationnés devant un feu tricolore, Gérard a repéré une « proie » stationnée un peu plus loin : un bonhomme qui venait peut-être de vérifier l’heure d’un rendez-vous et n’avait pas encore rangé l’appareil dans sa poche. A la hauteur de ce dernier, Gérard lui a arraché le téléphone. « Au voleur », n’avait pas fini de crier la victime, quand, dans la tentative de fuite du binôme, Gérard est tombé de l’engin. Il ne lui restait plus qu’à prendre ses jambes à son cou pour échapper à une foule qui s’est mise à ses trousses et dont il ignore les intentions réelles. Par devoir de solidarité, Abdoulaye est contraint de revenir sur ses pas, pour tenter de… sauver les apparences. Car, au vu de la furie de la foule, Gérard risque gros, d’être lynché par exemple. C’est d’ailleurs dans l’immeuble d’un particulier que le jeune homme de 19 ans s’est réfugié pour sauver sa peau, en attendant l’arrivée de la police.

Le butin a été restitué. Mais le duo a été embarqué par les forces de l’ordre. Début de la procédure judiciaire qui a conduit les deux jeunes hommes devant les juges du tribunal de grande instance Ouaga 1. Sur eux pèsent les accusations d’actes de grand banditisme, de détention et consommation de stupéfiants. L’enquête préliminaire a révélé que plusieurs autres vols à l’arraché portent la signature du duo. Devant le procureur, Abdoulaye et Gérard avaient reconnus leurs torts. C’est à cette étape de la procédure qu’Abdoulaye avait précisé qu’il consomme une boule de cannabis par jour.

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Mais devant les juges, les premières versions des faits ont pris un coup, puisque partiellement reconnues par les accusés. Pris en flagrant délit d’acte de banditisme, Gérard tout comme Abdoulaye ont tenté de se décharger de l’accusation de consommation de stupéfiants. « Je consommais la drogue mais j’ai arrêté depuis trois ans », a déclaré Abdoulaye, avant que son jeune compagnon n’embouche la même trompette. Pour le parquet, en se braquant sur la période de trois ans, les deux garçons veulent jouer sur la prescription du délit qui leur est reproché. « Soyez sûrs, nous sommes dans le délai, on a dix ans pour vous poursuivre », a soutenu le parquet.

Dernière tentative d’explications: Abdoulaye la main sur le cœur, jure qu’il n’y a pas eu de concertation avant l’arraché du téléphone de l’artiste musicien. « Je ne savais pas que Gérard allait arracher un téléphone. » En clair, il se désolidarise de l’acte de son pote. Ce qui a inspiré au parquet la comparaison à « deux personnes qui se noient, chacun veut sauver sa tête ».

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Au vu de leur jeune âge, l’avocat des deux prévenus a plaidé des circonstances atténuantes en se référant à l’article 217-4 du Code pénal qui prévoit une « modulation de peine ». C’était après que le parquet ait renvoyé Abdoulaye aux fins des poursuites pour infraction non constituée et requis une peine d’emprisonnement de cinq ans assortie de sursis contre Gérard. Mais le juge a eu la main plus lourde : les deux jeunes hommes ont été reconnus coupables, et chacun a écopé d’une peine d’emprisonnement de cinq ans dont douze mois ferme, assortis d’une période de sûreté de sept mois et d’une amende d’un million de F CFA.

Peut-être que le tribunal a été moins sensible aux confessions de regrets faites par les deux « bandits ». Pour sûr, Gérard et son acolyte sortiront des geôles avec une autre philosophie de la vie. Gérard qui n’a souvent pas compris pourquoi il a mal agi finira peut-être par comprendre le dramaturge et philosophe Sénèque qui soutenait qu’« un vice conduit à un autre ». Autrement, il se dira peut-être que ses mauvais actes ont été guidés par la consommation des stupéfiants.

Bernard Kaboré

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