Pour la énième fois depuis quelques mois, des élèves ont manifesté ce 3 mai contre les reformes des examens scolaires entreprises par les ministères de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur. A Ouagadougou, cette nouvelle manif a tourné à des actes de violences quand les mécontents ont été interceptés par la police alors qu’ils tentaient de converger vers le ministère de l’Education nationale pour y rencontrer le ministre Stanislas Ouaro. Jets de gaz lacrymogènes contre pluie de pierres et au finish au moins cinq personnes interpellées et une dizaine de blessés… Bref l’ambiance a été tendue aux alentours du ministère de l’éducation et du Lycée Philippe Zinda Kaboré.

La journée avait commencé comme d’autres jours de manif des élèves : rassemblement dans les écoles, descente dans la rue puis direction le ministère de tutelle, entendez le ministère en charge de l’Education nationale. Cette dernière étape prévue par les manifestants s’est terminée en queue de poisson. Car ils souhaitaient rencontrer le ministre mais leur intention a buté sur le véto des forces de sécurité déployées en nombre pour la circonstance. Pour les croquants, il ne le fallait pas. Les esprits se sont alors surchauffés.

Munis de grenades lacrymogènes, les éléments de la sécurité ont procédé à une dispersion des mécontents qui n’ont pas tardé à répliquer. Ils ont usé qui de lance-pierres, qui de leurs mains pour envoyer une pluie de pierres sur les forces de l’ordre. Repoussés par des tirs sporadiques de projectiles, les élèves frondeurs ont trouvé refuge dans l’enceinte du Lycée Philippe Zinda Kaboré qui se situe à un jet de pierre du ministère, laissant dans la rue des chaussures éparpillées.

Selon le porte-parole de l’ASO, au moins cinq personnes ont été interpellées

De leur retranchement, les manifestants ont organisé une véritable riposte contre ceux qui les ont gazés. Ils ne souhaitent plus piper mot. Pas même à un journaliste. Les uns sur les arbres ou assis à califourchon sur le mur de l’établissement pour mieux viser leurs cibles, les autres veillant aux mouvements du portail du lycée qui ne s’ouvrait que pour les jets de pierres et se refermait pour minimiser l’impact des lacry jetés par le camp d’en face. Par moments, un ou deux pick-up de la police partait en trombe à la dispersion de frondeurs agglutinés plus loin de l’entrée principale du lycée. Et pour regagner leur position, les véhicules et leurs occupants subissent la colère des élèves frondeurs qui intensifiaient les coups de pierres.

Le porte-parle de l’ASO demande la libération immédiate des élèves interpellés

Soudain, une librairie qui jouxte l’établissement est en flammes. Elle a sans doute reçu au mauvais endroit un projectile incendiaire des forces de l’ordre. Qui pour éteindre le feu ? Se demande un proche du proprio qui observe la scène, impuissant. Entre temps, le portail s’ouvre, un groupe d’élèves, seau d’eau en main demandent une trêve pour venir à bout de l’incendie. Mais les policiers n’accéderont à cette requête que lorsqu’un autre groupe de personnes, cette fois des commerçants ont accouru pour la même cause.

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Le feu maitrisé, la trêve est terminée et les hostilités ont repris avec les manifestants qui ont saisi l’occasion pour mettre du feu à des pneus alignés sur la voie pour bloquer le passage. Aux journalistes dont le nombre ne cessait de croître, un des éléments de la sécurité, visiblement un gradé, a intimé l’ordre de se tenir maintenant à l’écart, estimant que ses hommes sont gênés par les gratte-papiers qui attendaient le fin mot de l’histoire.

Le porte-parole de l’ASO, Madi Ouédraogo demande la libération des élèves interpellés

Aux environs de 14 heures, le calme est revenu peu à peu. Bilan de cette surchauffe ? Joint au téléphone, le responsable de l’Association des scolaires de Ouagadougou (ASO), Madi Ouédraogo, nous a confié qu’une dizaine d’élèves ont été blessés et qu’au moins cinq autres ont été interpellés, non sans demander que ces derniers soient relaxés dans les meilleurs délais.

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En rappel, la présente manif est la « tacite reconduction » de trois jours de manifestations lancées le 29 avril dernier par 18 associations scolaires réparties à travers le Burkina. Et ces manifestations font suite à des réformes des examens du secondaire entreprises par le gouvernement dont l’organisation par le ministère de l’Education nationale du baccalauréat jusque-là confiée au département de l’Enseignement supérieur.

Bernard Kaboré

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