Assassinat Thomas Sankara: pour Me Ferdinand Nzépa, il a été tué car il empêchait les gens de « manger »


Cette fois-ci fut la bonne. Après la suspension de l’audience par le juge Urbain Méda sur demande des parties civiles, le procès sur l’assassinat de Thomas Sankara et autres a repris le matin du 2 février 2022 avec les plaidoiries des parties civiles. La charge est revenue à Me Ferdinand Nzépa et à sa collègue Anta Guissé d’être les premiers à plaider. Tout au long de sa plaidoirie, Me Nzépa a démontré que le père de la révolution burkinabè a été assassiné car il empêchait Blaise Compaoré et ses alliés de jouir du pouvoir ; de « manger » et de vivre dans la luxure . Et sa collègue Anta Guissé de conclure que tous les éléments de la principale infraction à savoir, attentat à la sûreté de l’Etat sont réunis.
Me Ferdinand Nzépa, avocat au barreau de Toulouse est le premier à se jeter à l’eau lors des plaidoiries des parties civiles. Avant de plaider, il a relevé que cette vérité tant recherchée sur les évènements du 15 octobre 1987 au conseil de l’entente ne sera pas parfaite car beaucoup de temps s’est écoulé. Conséquence, des accusés qui devaient aujourd’hui être dans le box des accusés ont échappé aux mailles de la justice et des témoins qui pouvaient apporter leur contribution à l’éclatement de la vérité ne sont pas présents pour une raison ou une autre. Qu’à cela ne tienne, « le mensonge n’a jamais été une règle de droit ». Passé cette observation, Me Nzépa a entamé sa plaidoirie qui s’est axé sur les faits en rapport avec le coup d’Etat de 1987 au conseil de l’entente.
A ce propos, l’avocat a démontré tout au long de son exposé que le principal mis en cause dans cette affaire, le capitaine Blaise Compaoré, ambitionnait depuis mai 83 de prendre la place du père de la révolution burkinabè. Et pour le démontrer , l’avocat fait appel à la mémoire de certains accusés et témoins. Pour lui, Blaise est parvenu à ses fins car il pensait légitiment avoir l’assurance de la communauté internationale (notamment de la France, de la Libye et de la Côte d’Ivoire, pays avec lesquels Thomas Sankara a eu des divergences) et d’acteurs au niveau national (les religieux et des responsables de l’UCB et du GCB) ; laquelle assurance lui faisait d’ailleurs croire que son crime resterait impuni. Selon Me Nzépa, les choses reprochées au numéro un du CNR à savoir, une dérive droitière de la ligne politique de la révolution était en réalité une fumisterie . C’est également ce que l’avocat a tenté de démontrer en ce qui concerne le fameux complot de 20h qui consisterait selon des accusés à interpellation de Blaise et de ses hommes par Thomas Sankara. Pour Me Nzépa, qu’il s’agisse de ces deux arguments évoqués plus haut ou même d’une arrestation de Thomas qui aurait mal tournée ou même d’autres « prétextes » pour justifier l’assassinat des 13 personnes, la réalité est que « Blaise Compaoré souffrait d’une maladie appelée la Sankarite ». La Sankarite, c’est selon lui, le fait d’avoir ce complexe vis-à-vis du charisme de Thomas Sankara. Aux yeux de l’homme en robe noire, Blaise n’a pas toute sa vie supporté que Thomas ait autant d’aura ; il ne supportait pas d’être à l’ombre de ce brillant personnage qu’était le capitaine Sankara. C’est d’ailleurs pourquoi selon lui, Blaise était derrières toutes les manœuvres pour nuire « à celui qui le considérait pourtant comme un ami, un frère ». En un mot, selon Me Nzépa, le numéro deux du CNR était en réalité derrière toutes les mesures draconiennes qui avaient été prises sous la révolution mais laissait croire que c’était le fait de Thomas Sankara. Par conséquent, « les tentatives d’explications qui ont été donné (sur le meurtre de ce dernier) ne sont rien d’autre qu’un habillage. Et l’histoire a montré que la ligne que prenait Thomas Sankara ne plaisait plus à un certain nombre de personnes qui d’ailleurs étaient pressées de jouir du pouvoir ; ils voulaient la luxure. Il fallait donc écarter l’obstacle à cela: Thomas Sankara. La preuve, selon Me Nzépa, a été qu’immédiatement après son assassinat, les bénéficiaires de sa mort ont eu des postes de promotion et un statut social totalement différent de celui qu’ils avaient sous la révolution », a-t-il conclu.
L’attentat à la sureté de l’Etat existe bel et bien
A sa suite, c’est sa collègue Anta Guissé qui entre en scène. Son intervention a porté sur la problématique juridique. A ce propos, l’avocate a démontré à la chambre que les éléments matériel et moral de l’infraction principale à savoir, attentat à la sureté de l’Etat, sont bel et bien réunis. Et à propos d’éléments, elle évoque les réunions tenues par le lieutenant Gilbert Diendéré à la veille et au jour du drame, la coupure de communication au conseil de l’attente au moment du drame, la chronologie, et bien d’autres faits.
A l’endroit de la défense qui serait tenté lors de sa plaidoirie d’avancer l’argument selon lequel le régime de Thomas Sankara était illégal, Me Guissé se veut prévenante et déclare : « On ne peut nullement soutenir que le régime du Président Sankara était illégitime ».
Roukiétou Soma



