Ce sont ces trois dames qui ont mis en place l’ASAE présidée par Marie Claire Tiendrébéogo (à droite)

La mobilisation était grande au collège Saint-Viateur ce samedi 1er mai 2021. Des véhicules à perte de vue. La preuve que le sujet de la drogue intéresse plus d’une personne, en l’occurrence les parents d’élèves avec l’UNAPSB, les éducateurs, les associations de lutte et des personnalités comme le contrôleur général d’Etat de l’ASCE/LC, Luc Marius Ibriga et la marraine, Agathe Sy, épouse du ministre d’Etat, ministre de la Défense nationale et des Anciens combattants. En effet, les données communiquées lors de cette conférence initiée par l’Association sauvons l’avenir de nos enfants (ASAE), sous le thème « consommation de la drogue en milieu scolaire : les signes d’alerte », sont du genre à donner des sueurs froides. Cela s’est ressenti à travers les trois sous thèmes (état des lieux de la consommation de drogue en milieu scolaire au Burkina Faso, facteurs favorisant la consommation de la drogue et signes d’alerte et enfin la prise en charge des patients) présentés respectivement par le commissaire Lévy Yoda, le directeur du cabinet Lumière, Landry Ouédraogo, et le Dr Abdoul Karim Bambara. Voici les points essentiels que nous avons pu retenir de ce panel.

En 2020, 491 personnes, majoritairement des élèves, ont reçu un accompagnement pour des problèmes liés à la drogue au service de psychiatrie du CHU Yalgado Ouédraogo

L’état des lieux de la consommation de drogue dans le monde

Selon le rapport annuel 2020 de l’ONUDC, La consommation de la drogue dans le monde est en hausse. Elle passe de 4,8% de la population mondiale âgée de 15 à 64 ans en 2009, à 5,3% en 2018. 1% de la population s’adonne à la consommation non médicale d’opioïdes dont le Tramadol en Afrique de l’Ouest.

L’Etat des lieux de la consommation de la drogue en milieu scolaire au Burkina Faso

Nous avons un problème de collecte de données. Néanmoins, nous élaborons chaque année des statistiques. Le Secrétariat permanent du Comité nationale de lutte contre la drogue au Burkina Faso estime que l’usage des stupéfiants dans les structures scolaires est inquiétant. Il se base sur ses rapports annuels d’activités, les témoignages de chefs d’établissements, l’actualité, les constats et les résultats de quelques enquêtes. En témoigne les données collectées dans la prise en charge sanitaire des patients au service de psychiatrie du CHU Yalgado Ouédraogo. Ainsi, en 2014, 258 personnes ont reçu un accompagnement pour des problèmes liés à la drogue, 302 en 2015, 348 en 2016, 445 en 2017 et 491 en 2020. A noter que la grande majorité est constituée d’élèves.

Une enquête menée dans le Centre-Nord sur les populations riveraines des sites miniers par l’Académie nationale des sciences, des arts et des lettres du Burkina et dont les résultats ont été présentés en 2019 précise que sur 126 élèves du primaires enquêtés, 3,17% ont déclaré avoir consommé de la drogue. Pour le secondaire, le taux est de 3,38% sur un échantillon de 207 élèves.

Le commissaire Lévy Yoda du CNLD a présenté l’état des lieux de la consommation de la drogue dans les établissements au Burkina

Une autre étude réalisée dans 11 établissements publics et 15 autres privés de Ouagadougou a permis d’établir que sur 2079 élèves, 127 ont déclaré avoir consommé de la drogue soit une prévalence de 6,11%. Ces chiffres datent de 2019.

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Sur la base des témoignages de chefs d’établissements publics et privés, il ressort qu’en 2020, une dizaine d’élèves ont été renvoyés pour usage de drogues dans des écoles de Ouagadougou et six élèves ont été exclus dans un même lycée pour les mêmes causes. En 2018, nous avons appris que dans la région de la Boucle du Mouhoun, un élève a été pris en flagrant délit de détention d’environ 1kg de cannabis dans son sac.

Quels sont les types de drogues que les élèves consomment ?

L’une des drogues les plus consommées dans les écoles est l’alcool (bière et autres). Ensuite viennent le tabac (cigarettes ou chicha), les solvants (colles liquides et dissolutions), le cannabis, les produits pharmaceutiques comme le Tramadol et la cocaïne pour un type d’élèves au regard de son prix qui est assez élevé.

Quand on parle de facteurs favorisant l’abus des drogues, que faut-il retenir ?

Les facteurs menant à la toxicomanie sont multiples et leurs importances varient selon les individus, les groupes et les lieux de vie ou de consommation. Il y a essentiellement trois facteurs principaux qui sont prises en compte à savoir l’accessibilité du produit, le consommateur et le contexte sociaux-culturel.

Parents, éducateurs, élèves et plusieurs personnalités ont pris part à la rencontre

En général, les personnes les plus concernées sont déjà fragilisées par leur histoire de vie. Elles éprouvent par exemple le besoin d’éliminer une frustration, un mal-être intérieur ou une timidité trop prolongée. Il y a aussi la faiblesse mentale.

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Concernant les problèmes familiaux, on peut retenir : les parents excessifs, le manque d’autorité, les parents consommateurs de drogue, les attentes trop excessives vis-à-vis de l’enfant, les conflits dans la famille et la surprotection. Certains parents manquent de valoriser leur enfant quand il réussit alors qu’ils n’hésitent pas à l’humilier en public en cas d’échec. Ça lui fait perdre confiance en lui et il peut décrocher de l’école.

S’agissant de l’environnement social, il y a la compagnie comme les groupes de la mort auxquels appartiennent les enfants et où les leaders sont recrutés par des gourous pour initier leurs camarades et leur vendre les stupéfiants. Aussi, plus la consommation de la drogue est banalisée, plus elle s’accroît.

Quels sont les signes d’alerte d’une éventuelle consommation de la drogue ?

C’est bien de le savoir car ça se passe souvent sous les yeux des parents qui ne s’aperçoivent de rien. Il s’agit des changements brusques de comportement (de calme à violent), la négligence de l’hygiène corporelle, l’éloignement vis-à-vis des autres, le besoin de s’isoler, la baisse des notes (de 16 à 7 de moyenne), la défiance de l’autorité parentale et scolaire, la mauvaise humeur permanente, la disparition des objets de valeur dans la maison, la perte progressive de l’odorat, les rires excessifs, les crises de panique inexplicables, la perte d’intérêt pour les loisirs, la prise ou perte de poids (boulimie ou anorexie), les troubles du sommeil, le changement subite d’amis, la demande excessive d’argent, l’apparition d’argent sans origine, etc. Nous invitons les parents à jeter de temps en temps un coup d’œil dans le sac de leurs progénitures et à Faire attention car leur enfant peut même être un dealer, celui-là même qui initie ses camarades.

Que faire quand on a un cas sous la main ?

Si vous remarquez plusieurs de ces signes sur le même enfant, il faut demander l’assistance des autorités compétentes. Il y a plusieurs associations qui travaillent dans ce domaine. Inutile de bander les muscles ou de construire une prison pour le gamin dans l’arrière-cour. Ça ne servira à rien.

En quoi consiste justement la prise en charge ?

Tous les patients ne sont pas mis dans le même panier. Certains sont dans une phase d’expérimentation. Ils prennent une fois et c’est fini. D’autres sont dans une consommation occasionnelle, c’est-à-dire de temps en temps et il y a finalement ceux qui sont accros aux stupéfiants. Nous avons des critères qui nous permettent d’établir à quel niveau de consommation la personne se trouve.

La question de la prise en charge a été abordée par le Dr Abdoul Karim Bambara

Lorsqu’elle est dépendante, il faut tenir compte des facteurs favorisant la consommation et faire un dépistage. Au Burkina, on dispose du test urinaire pour repérer les substances consommées mais il y a aussi les tests sanguins, capillaires, etc. Après le dépistage, il faut procéder à une évaluation somatique, puis psychiatrique avant que le spécialiste en addictologie n’intervienne pour définir le niveau de motivation du patient. Dès qu’on arrive à établir une relation thérapeutique avec lui, on travaille sur ses priorités afin de l’amener petit-à-petit à décrocher.

Si le patient est impliqué, s’il se sent compris, la prise en charge peut réussir. Elle est composée de plusieurs volets : médical, psychologique, l’accompagnement social et la réinsertion socio-professionnelle sans laquelle il risque de replonger. Le soutien de la famille est très importante, notamment la thérapie familiale pour que chaque membre puisse accompagner le malade.

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Quels sont les structures de lutte contre la drogue au Burkina Faso ?

En 1993, le pays a créé le Comité national de lutte contre la drogue (CNLD) dont la mission est de coordonner les actions en la matière. Le Burkina Faso dispose aussi de plusieurs dispositifs de lutte qui se composent des dispositifs (nationaux et internationaux) juridiques et des dispositifs institutionnels.

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Les différents axes de lutte sont la prévention, la répression, le traitement et la réinsertion sociale des toxicomanes ayant été pris en charge médicalement. La communauté internationale estime que la répression a montré ses limites et que l’accent doit être désormais mis sur les trois autres points. Le gouvernement seul ne peut réussir ce combat, il faut une synergie d’action.

Propos recueillis par Zalissa Soré

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