Que retenir des politiques sanitaires burkinabè mises en œuvre de l’époque coloniale à nos jours en passant par la période des indépendances ? Elles ont presque toutes failli : c’est grosso modo ce que révèle le Dr Bernard Sanou, médecin spécialiste en santé publique qui, à ce sujet, a animé une conférence publique le 11 novembre 2020 à Ouagadougou à l’initiative du Syndicat national des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA) et bien d’autres organisations syndicales.

Selon le Dr Bernard Sanou, le mal dont souffre le système sanitaire provient de l’inadaptation des politiques mises en œuvre

C’est devant un public composite mais principalement constitué de militants et de sympathisants du SYNTSHA que le Dr Bernard Sanou a livré son exposé sur le système sanitaire du Burkina Faso des indépendances à nos jours. Le thème retenu est intitulé comme suit : « Politique sanitaire du Burkina : limites et perspectives pour de meilleures conditions de travail des agents et pour des soins de qualités accessibles au peuple ».

En guise d’introduction, le conférencier, qui est par ailleurs membre du bureau national du SYNTSHA, a fait remarquer que l’avènement d’une politique sanitaire burkinabè est aussi vielle que la politique de conquête militaire française en Afrique, laquelle conquête était appuyée par un service d’assurance de la santé des troupes. Puis un système administratif a pris le relais jusqu’à ce que cette politique s’étende aux indigènes. L’orateur a estimé que cette piqure de rappel historique permet de comprendre les fondements de la politique sanitaire qui a existé sous l’ère des indépendances et même celle qui existe aujourd’hui. Il a d’ailleurs axé son exposé sur trois grands points : la politique sanitaire coloniale, celle de 1960 à 1990 puis celle de 1990 à nos jours. Si l’offre sanitaire sous la colonisation était uniquement orientée vers l’intérêt du colon, celle des indépendances aux années 90 est une offre faite « d’illusions politiques» et qui consistait à « faire croire à un possible développement national ». Cette période, selon le Dr Sanou, n’a pas été synonyme d’un quelconque changement.

Quid de l’expérience de 1990 à nos jours ? A l’instar de la précédente, elle n’aura pas été plus salvatrice selon le médecin spécialiste qui liste des maux dont souffre depuis le système sanitaire : couverture sanitaire insuffisante, faible allocation du budget national au secteur (en moyenne 8% depuis les indépendances), sous équipement des services de santé, manque de personnel qualifié, état de santé des populations marqué par un fort taux de mortalité, etc.

Des participants ont salué l’initiative de la conférence

Et de dresser quelques chiffres tirés des données du recensement général de la population de 1995 : un taux de mortalité général de 17 pour 1000, un taux de mortalité infanto-juvénile de 21 pour 1000, une espérance de vie de 48 ans… ces chiffres qui sont présentés comme les conséquences de la faible couverture sanitaire. Il résulte de l’analyse du spécialiste que si le système sanitaire a mal, c’est essentiellement du fait qu’il est dépendant du financement de l’extérieur. Et pas que, il est gangréné, comme d’autres secteurs, par la corruption.

Comme pour soutenir ce dernier argument, un participant à la conférence précisera d’ailleurs que 60 à 70% des financements extérieurs finissent dans des ateliers qui ne sont pas plus importants que les soins des populations à proprement parler.

Pour conclure et en guise de perspective, le conférencier a déclaré que l’essor de la politique sanitaire burkinabè est entièrement lié à une libération nationale, laquelle passera par la lutte syndicale. Il a alors invité ses camarades militants à résolument s’engager dans cette dynamique.

Bernard Kaboré

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