Justice

Affaire Dabo Boukary : Mamadou Bamba plaide non coupable

32 ans après l’assassinat de l’étudiant en 7e année de médecine, Dabo Boukary, l’intérêt pour une manifestation de la vérité sur ce dossier judiciaire n’a pas faibli. L’ouverture du procès ce lundi 19 septembre 2022 devant la chambre criminelle de la Cour d’appel de Ouagadougou a drainé du monde. Devaient figurer sur le banc des accusés trois personnes : le médecin militaire Mamadou Bamba, le général Gilbert Diendéré et Victor Magloire Yougbaré, mais ce dernier n’a pu se présenter devant la cour. Le bal des interrogatoires a été ouvert par le lieutenant-colonel Mamadou Bamba qui a plaidé non coupable.

Un avocat de la défense échange avec deux accusés: Gilbert Diendéré à g. et Mamadou Bamba à d.

C’est une session, la troisième du genre de l’année judiciaire courante, qui permet à la chambre criminelle de la Cour d’appel de Ouagadougou d’élucider, en dix jours, 19 dossiers impliquants 44 accusés, 42 parties civiles et plus d’une centaine de témoins. Mais aussi importants que soient tous les dossiers inscrits au rôle de l’audience, certains sont plus emblématiques que d’autres. La session s’est d’ailleurs ouverte par l’un de ces emblématiques dossiers : celui qui concerne l’assassinat de  l’étudiant en médecine, Dabo Boukary, en mai  1990 suite à une manifestation d’étudiants à Ouagadougou pour réclamer de meilleurs conditions de vie et d’études.

Trois personnes sont mises en causes dans ce dossier : le médecin militaire Mamadou Bamba, ancien délégué du Comité révolutionnaire de l’université ; l’ex-chef de corps du Centre national d’entrainement commando, Gilbert Diendéré et Victor Magloire Yougbaré, sergent au moment des faits. Pour cette première audience, le dernier cité n’a pas comparu. Son avocat a avancé des raisons sanitaires. Un motif battu en brèche par le parquet qui considère plutôt l’accusé comme un fugitif, non sans demander à la cour de juger par défaut celui contre qui un mandat d’arrêt a été lancé. Plusieurs griefs sont reprochés aux trois accusés : complicité d’arrestation illégale, séquestration aggravée, recel de cadavre ; coups et blessures volontaires…

Avant que les deux accusés présents ne passent à la barre dire ce qu’ils savent des évènements de mai 1990, une longue lecture de l’ordonnance de mise en accusation, presque pile poils une heure, a mis l’assistance dans le bain de ce feuilleton judiciaire ouvert il y a un peu plus de 20 ans. Suivant l’ordonnance de mise en accusation, Dabo Boukary a trouvé la mort dans un contexte de répression du mouvement de contestation des étudiants dont certains ont été arrêtés et torturés au Conseil de l’Entente, notamment par des militaires du CNEC. Outre la mort de Dabo Boukary, des étudiants ont été contraints à une carrière militaire, laisse croire l’ordonnance. Il faudra attendre dix ans plus tard, en 2000, pour que les juges du Tribunal de grande instance de Ouagadougou soient saisis par le cabinet de Me Bénéwendé Stanislas Sankara pour donner suite à ce qui est désormais « l’affaire Dabo Boukary ».

Au terme de la lecture de l’ordonnance de mise en accusation, l’accusé Mamadou Bamba a été appelé à la barre pour sa déposition. Cet ancien délégué général des Comités révolutionnaires de l’université de Ouagadougou, structure de soutien aux autorités politiques d’alors, est présenté par l’accusation comme ayant joué le rôle d’indic aux militaires qui ont réprimé la manifestation des étudiants. Chose que l’accusé a balayé du revers de la main, lui qui considère ce procès comme une aubaine pour laver son honneur terni dans cette affaire. Avant de plaider non coupable, Mamadou Bamba a, en effet, déclaré : « Aucun élément des forces militaires qui ont intervenu sur le campus ne vous dira qu’il a intervenu à ma demande ou qu’il a bénéficié de mon aide. (…) je ne connaissais pas les domiciles des étudiants arrêtés ; je n’avais pas de militaire à ma disposition…» a soutenu le mis en cause même s’il reconnait avoir été approché par Amadou Maïga (un militaire décédé) pour identifier des personnes sur des photos.

Pas anodin pour l’accusation mais un fait du hasard pour l’accusé, Mamadou Bamba, alors étudiant, a intégré l’armée quelque six mois après les évènements de mai 1990. Une intégration facilitée par l’ancien président du Faso, Roch Kaboré, son voisin de quartier d’alors qui, à cet effet, est entré en contact avec le chef de l’Etat de l’époque, Blaise Compaoré. Pour le ministère public, il s’agit des retombées du rôle d’indic joué par le mis en cause. « Pas du tout », selon le lieutenant-colonel qui a vanté une part de chance et de mérite. Et de soutenir que la succession de ses grades militaires obtenus ne laisse pas prospérer l’idée d’une récompense. « Si j’avais été la taupe ou l’indique des militaires, je serais aujourd’hui colonel-major, voire général », a-t-il déclaré.

Après l’interrogatoire du médecin militaire, Gilbert Diendéré a été appelé à la barre pour répondre des infractions de complicité de d’arrestation illégale, de séquestration, de coups et blessures, de recel de cadavre.

Bernard Kaboré

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