A l’occasion de la célébration du 8-Mars 2021, nous avons décidé d’orienter nos projecteurs sur une femme de caractère. Véritable débrouillarde, Ayélé Da s’est lancée dans un métier mal vu sous nos cieux. Il s’agit du métier de masseuse  que l’on associe à tort ou à raison à la prostitution.

Ayélé Da, propriétaire de Black roots salon à Ouaga 2000 : « Nous ne travaillons que sur rendez-vous »

C’est par une chaude matinée, plus précisément le mardi  2 mars 2021, que nous avons mis le cap sur Ouaga 2000, le quartier où se trouve l’institut de beauté d’Ayélé Da, le Black roots salon, ouvert depuis 2013. Vent sec chargé de poussière ici et là : pas de doute, l’harmattan se fait déjà sentir. Si le GPS nous a été d’une grande aide pour retrouver l’institut en question, il faut reconnaître qu’à la fin, nous avons un peu perdu le nord. En effet, en l’absence d’une pancarte indicative, il nous était difficile de savoir si nous étions arrivé à bon port. Mais un coup de fil à notre hôte et l’affaire était réglée.

En lieu et place d’un salon comme on a l’habitude d’en voir au Burkina, c’est dans une villa que nous avons été accueilli après que nous nous soyons soumis aux règles de la maison : lavage des mains et changement de chaussures pour éviter de propager des microbes, nous a indiqué le jeune homme venu à notre rencontre. Dans la cour, tout comme à l’extérieur d’ailleurs, rien ne permet de savoir qu’il s’agit d’un institut de beauté. Pourquoi tant de discrétion ? Nous ne tarderons pas à le savoir.

Pour faire le massage, il faut un cadre apaisant, une lumière tamisée, de bonnes senteurs et de la musique douce pour relaxer au mieux le client

Dans le vestibule où on nous a installé, matériels de coiffure, miroirs géants, produits de beauté mais aussi des aliments, des sacs, etc. sont en vente. Tout en regardant de temps à autre la télévision, nous avons eu l’occasion d’apprécier l’agencement des couleurs marron, rose, vert clair et blanc, utilisés pour peindre les murs et les portes. Ce décor conférait à l’ensemble du vestibule  un charme apaisant, surtout que le silence était de rigueur.

C’est finalement la maîtresse des lieux qui mettra fin à nos rêveries. Du genre « petit modèle » comme on le dit si bien en Afrique, la jeune fille était l’opposée de tout ce que nous avions pu imaginer. Mais si en apparence, elle semblait très jeune, la réalité est tout autre.

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En effet, Ayélé Da s’apprêtait à fêter, le lendemain même, ses 38 ans. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que durant ce temps, celle qui est née d’une mère togolaise et d’un père burkinabè en a  vu des vertes et des pas mûres. Enfant, elle a commencé très tard l’école à cause d’un retard de croissance. Par la suite, en classe de CP2, où elle avait déjà 11 ans, les critiques de la famille qui lui répétait sans cesse qu’elle n’était pas aussi intelligente que son frère cadet, l’ont démotivée au point de la faire abandonner définitivement les bancs. A 14 ans, elle se lance dans la coiffure, aidant parallèlement sa maman dans son restaurant, sans oublier le petit commerce qu’elle faisait de manière ambulatoire.    

L’établissement emploie cinq personnes, trois pour la coiffure, un coursier et une femme de ménage

Pour ajouter d’autres cordes à son arc, Ayélé Da décide, 8 ans après s’être mise à la coiffure, de se former au massage de relaxation contre la fatigue et le stress. « J’aime bien ce métier. C’est une manière de soigner, autrement que par des médicaments », a-t-elle expliqué, les yeux pleins d’étincelles comme un enfant à qui l’on a offert des bonbons. Après trois ans de formation, la voilà prête à exercer. Au début, elle se rendait beaucoup dans les hôtels, les plus luxueux de la capitale, et dans les domiciles pour rendre ce service à des clients (miniers, entre autres) dont les lourdes responsabilités professionnelles nécessitent quelques fois des séances de massage pour se relaxer, à raison de 15 000 F CFA l’heure quand c’est au salon, et 20 000 sur déplacement.

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Si au début la masseuse faisait la publicité de ses activités à coup de pancartes, de cartes de visite et de posts sur les réseaux sociaux, elle s’est vite rendu compte que le public africain n’y est pas ouvert comme peut l’être le public européen qui représente la grande partie de sa clientèle. « Au Burkina, il y a beaucoup de préjugés sur ce travail. J’ai fait la Côte-d’Ivoire, le Ghana et le Togo où la mentalité est très différente. Ici, quand tu te présentes comme masseuse, on te classe déjà dans une certaine catégorie  de personnes », a déploré notre interlocutrice.

Cette situation n’est-elle pas due au fait que certaines filles utilisent ce canal pour s’adonner à la prostitution ? Lui avons-nous demandé. Pour la jeune femme, nul besoin de passer par ce stratagème pour être une fille de joie. « Si au lieu d’un massage professionnel, je fais autre chose au client, il est libre de s’en aller. Mais si lui-même participe, c’est que lui aussi avait une idée derrière la tête », a-t-elle déclaré, convaincu que certains clients contribuent, par des propositions de fortes sommes, à désorienter les filles qui ne proposent que le massage. Mais à l’entendre la clientèle est parfois rare. C’est pourquoi « il faut mener d’autres activités, gagner assez d’argent par soi-même pour avoir le courage de refuser ces propositions indécentes », a soutenu la conseillère capillaire.

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Pour éviter tout quiproquos sur son travail, la masseuse a décidé de  nous prendre à témoin en expliquant comment les clients obtiennent les rendez-vous : « Quand quelqu’un nous appelle, on lui demande d’abord s’il a l’habitude de se faire masser, s’il est malade (fracture, os déplacé), s’il a vu un médecin, etc. ensuite, on lui dit le type de massage que nous proposons et si ça lui convient on lui donne un rendez-vous ».

Comment se passe une séance de massage, une fois que le client arrive ? La réponse dans la vidéo

A l’en croire, ce n’est pas un domaine dans lequel on peut se faire  beaucoup d’argent. En effet, c’est grâce à ses autres activités (coiffure, fabrication de produits de beauté, commerce, soins des cheveux, du corps) qu’elle arrive à s’en sortir. « Comme le métier est mal vu, mêmes les clients n’osent pas vous recommander à leur entourage comme ça peut être le cas dans les autres secteurs », a expliqué la trentenaire qui, à cause des préjugés sur son travail n’a pas encore réussi à trouver l’oiseau rare pour se caser dans un foyer. Pour autant, Ayélé est prête à attendre le temps qu’il faudra pour rencontrer l’homme qui accepte son métier, comme cela a été le cas avec sa famille qui la soutient désormais dans ses choix professionnels.     

Zalissa Soré

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