Le mardi 11 janvier 2022 marque le 2e jour de l’audition des témoins par visioconférence. A l’entame de cet exercice, c’est le colonel major de gendarmerie Moussa Diallo qui a été auditionné depuis Paris, au pays de De Gaulle. De son récit en lien avec le coup d’Etat de 87 au cours duquel Thomas Sankara et 12 de ses compagnons d’infortune ont été tués, le témoin a expliqué que le lieutenant Gilbert Diendéré était au Conseil de l’entente au moment des faits et qu’il était même en communication avec un militaire nigérien du nom de Moussa Ganda avec qui il a fait l’académie militaire de Saint-Cyr.

Atteint du covid 19 , chose qu’il l’a maintenue loin des audiences sur le procès Sankara , le général Gilbert Diéndéré a signé son retour sur le box des accusé à la Salle des Banquet ce matin

Magistrat militaire à la retraite, le colonel-major de gendarmerie Moussa Diallo a livré sa version des évènements du 15 octobre 1987 au conseil de l’entente, en directe de Paris.  De  sa narration, il ressort qu’après quelques temps au chevet de son épouse souffrante, le témoin  s’est rendu ce jour-là à son bureau, situé vers l’Etat-major de gendarmerie. Sur place, il dit avoir reçu la visite d’un frère d’arme  nigérien du nom de Moussa Ganda, qui souhaitait parler au général Gilbert Diendéré, lieutenant à cette époque. C’est ainsi que le colonel-major  aurait appelé le standard du  conseil afin de mettre en contact Diendéré et son promotionnaire Moussa Ganda avec qui ils ont fait l’académie militaire de Saint-Cyr. Quelques instants après, Ganda serait venu le voir disant que la communication avec le lieutenant  Gilbert Diendéré a été coupée. « J’ai donc rappelé et le standardiste m’a informé qu’il y avait des tirs au conseil de l’entente », a expliqué le témoin. Pour lui, il n’y avait aucun doute que les tensions entre le président Sankara et le capitaine Blaise Compaoré allaient finir par un coup d’Etat. Et d’ajouter : « On n’avait pas besoin de faire la science politique pour comprendre que cette histoire allait mal finir ».  Pourtant, selon lui, le président Sankara avait prévu de changer de méthode en laissant à Blaise et ses alliés la gestion du pouvoir car « fatigué d’assumer des décisions qu’il n’approuvait pas ». Autrement dit, le père de la révolution a eu le dos large pour avoir assumé par solidarité les décisions auxquelles il s’est opposé, a expliqué celui qui se définit  comme un partisan de Sankara.

Selon le témoin le président Sankara a déjoué le projet d’empoissonnement de Soumane Touré(photo) prévu par le commandant Boukary Lingani

Et à propos d’endosser la responsabilité des choses qu’il n’approuvait, le témoin a révélé que le commandant Boukary Jean-Baptiste Lingani avait prévu de faire empoisonner Soumane Touré, ancien membre du Parti africain de l’indépendance(PAI) et que cela ne s’est pas fait parce que le président Sankara a déjoué ce projet. Et au témoin de regretter de n’avoir pas pu révéler cela à Soumane Touré avant son décès car il a toujours vu le père de la révolution burkinabè comme un ennemi.

Rôle de Diendéré et Palm dans le coup d’Etat de 87

Si depuis son interrogatoire le général Diendéré n’a cessé de déclarer qu’il n’était pas au conseil au moment des faits, le colonel-major Moussa Diallo  pense le contraire. En se basant sur des propos qui lui auraient été rapportés par des éléments à lui, le témoin a expliqué  que Gilbert Diendéré était sur des balcons au conseil au moment des faits. Pour lui, quand on se base sur la trajectoire politique de Diendéré et de Jean Pierre Palm, leur relation avec le président déchu, Blaise Compaoré,  et biens d’autres considérations, on peut déduire que ces deux hommes étaient au courant et ont approuvé les  évènements du 15 octobre 87 au conseil de l’entente. Pris individuellement, « Jean Pierre Palm a été un pilier du régime de Blaise Compaoré. De tous mes ex compagnons de la révolution, c’est lui qui m’a le plus rendu la vie dure. Je le considère comme quelqu’un de pas fiable », a relevé Moussa Diallo à propos de l’ancien ministre des Sports de Blaise Compaoré.  S’agissant du général Diendéré, le témoin pense que « la boite noire » a été le superviseur du coup d’Etat de 87, Blaise en a été le concepteur et sa garde rapprochée, l’exécutant.  Cependant, interrogé par Me Olivier Yelkouny, avocat du général  sur  une possible rancœur que le témoin aurait suite à sa détention au conseil de l’entente quelques temps après le 15 octobre 87 et surtout à cause de sa radiation de l’armée, la réponse de Moussa Diallo fut négative. Bien au contraire, l’homme dit être reconnaissant pour ces épreuves car cela lui a permis de finir ses études en droit et d’être un magistrat militaire.

Roukiétou Soma

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