Beaucoup ne le savent pas encore mais le diabète peut avoir des effets sur la sexualité, aussi bien chez l’homme que chez la femme. Dysfonction érectile et diminution de la libido sont, entre autres, les problèmes que les diabétiques peuvent rencontrer. Pour en savoir davantage, nous avons tendu notre micro au Dr Moïse Nguemeni, chargé de suivi évaluation de l’ONG Santé diabète. C’était dans l’après-midi du mardi 31 août 2021 à Ouagadougou.

Dr Moïse Nguemeni, chargé de suivi évaluation de l’ONG Santé diabète

On sait que le diabète peut avoir des effets sur la sexualité. Dites-nous comment cela est possible ?

Lorsqu’on a un taux très élevé de sucre dans le sang, cela peut avoir un impact sur les vaisseaux, les petits comme les gros vaisseaux, et également sur les nerfs. On parle de durcissement de la paroi des vaisseaux. Cela veut dire que le sang, riche en sucre, va entraîner une dégradation progressive des veines, des artères et aussi des nerfs. Normalement, pour circuler dans l’organisme, le sang est obligé d’emprunter ces trajets-là. Du coup, si ceux-ci sont touchés, il y aura une accumulation de sang car les veines vont rétrécir et en venant, le sang va s’accumuler, favorisant ainsi la formation de caillots qui vont boucher certains artères, veines et nerfs. Pourtant, tous les organes du corps ont besoin du sang pour fonctionner. Donc si ces vaisseaux sont bouchés, les organes seront mal irrigués et ils vont en souffrir. C’est ce qui se passe aussi au niveau des organes génitaux.

Comment cela se manifeste chez l’homme ?

Pour qu’un homme ait une érection, il faudrait que les veines qui transportent le sang au niveau du pénis fonctionnent bien. Ainsi, si le sang ne passe pas normalement, il y aura des problèmes d’érection. Un autre aspect aussi c’est la sensibilité. On sait que le message nerveux passe par les nerfs. Donc un homme par exemple qui a un diabète déséquilibré aura des problèmes puisque les nerfs seront aussi atteints. On peut avoir le désir mais pour que le pénis se mette en érection, il faut que le message passe.

Et chez la femme ?

C’est pareil. Pour que la femme puisse avoir une très bonne lubrification,  il faut que le message transmis au niveau vaginal soit de très bonne qualité. Pourtant si les nerfs qui entourent le vagin sont atteints, elle ne va pas ressentir les mêmes effets qu’une femme non diabétique ou qu’une autre qui a un diabète équilibré. On sait aussi que pour avoir une bonne lubrification, il faut de l’excitation et de la sensibilité. Cela explique le fait que certaines diabétiques ont des douleurs au moment de la pénétration.

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Elle peut donc être exposée à d’autres maladies ?

C’est effectivement une possibilité puisque, comme on le sait tous, le sang transporte les globules blancs qui défendent l’organisme contre les maladies. Or, le vagin de la femme est constitué d’une flore bactérienne qui protège le milieu vaginal. Le vagin aussi est donc protégé par les cellules de défense de l’organisme. Si donc les vaisseaux qui irriguent le vagin sont bouchés, alors elle est susceptible de développer plus d’infections vaginales qu’une qui n’a pas le diabète.

Quel impact ces dysfonctionnements peuvent avoir sur la vie du patient ?

Dans les deux cas (homme et femme), la douleur n’est pas seulement physique. Elle est aussi psychologique. En effet, quand un homme a des problèmes d’érection ou lorsqu’une femme a des douleurs ou des infections à répétition, cela crée des frustrations, il y la peur du rejet et la perte de l’estime de soi, occasionnant un stress pour le patient, ce qui peut aboutir à une  dépression.

Est-ce que ce problème touche tous les malades du diabète ou c’est seulement dans certains cas ?

Disons que c’est l’une des complications du diabète. Si la personne suit un bon traitement, qu’elle a une bonne hygiène de vie et une glycémie équilibrée, elle ne sera pas exposée à toutes ces complications. Cependant, si le problème est déjà là, il y a des traitements médicamenteux qui peuvent permettre d’y remédier. Si vous avez des symptômes, l’idéale c’est de voir un médecin qui va mener des investigations pour en déterminer la cause.

Est-ce qu’au cours de votre carrière vous avez déjà rencontré ce genre de cas ? Si Oui, dites-en davantage.

Il y a effectivement plusieurs patients qui m’ont déjà rencontré à ce sujet. Ils ne vont pas vous dire directement qu’ils ont des problèmes d’érection. C’est au spécialiste de mettre un mot sur le mal dont ils souffrent avant qu’ils ne donnent la confirmation. Ils n’osent pas en parler à leur médecin traitant et pour certains, leurs femmes les traitent d’impuissants, ce qui est assez blessant. Beaucoup ne savent pas que c’est une complication du diabète. C’est pourquoi il est important, lorsqu’on dépiste une personne, de faire l’éducation thérapeutique.

Pour les cas que vous connaissez, comment ça s’est terminé ?

Ceux qui ont eu le courage d’en parler ont pu trouver une solution avec leur médecin. C’est pourquoi il est important d’en discuter pour bénéficier aussi d’un soutien moral. Et c’est toujours bon de partager cela avec le conjoint ou la conjointe afin qu’il ou elle n’imaginent pas des choses qui ne sont pas vraies.  

Propos recueillis par Zalissa Soré

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