La Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala est désormais la nouvelle figure de l’OMC, Organisation mondiale du commerce. L’OMC est actuellement l’une des plus puissantes institutions financières au monde. Elle a été portée sur les fonts baptismaux le 1er janvier 1995 même si le système commercial qu’elle représente a presque un demi-siècle de plus. Cette nomination a été officialisée le lundi 15 février 2021.

Ngozi Okonjo-Iweala, ancienne ministre des Finances de la République fédérale du Nigeria

A 66 ans, cette ancienne ministre des Finances de la République fédérale du Nigeria devient ainsi la première femme et la première personnalité africaine à diriger cette structure. Depuis 2021, elle était la seule candidate à ce poste resté vacant depuis la démission, en fin août 2020, de l’ex directeur général , le Brésilien Roberto Azevedo.

Celui-ci a quitté le navire un an avant la fin de son mandat pour « raisons familiales ». Ce départ, intervenu en pleine crise de covid19, n’a pas, on peut le dire, fait du bien à l’organisation dont le siège se trouve au Centre William-Rappard, à Genève, les échanges commerciaux entre pays étant devenus compliqués. Les espoirs d’une relance des relations commerciales au niveau mondial semblent désormais être portés sur le Dr Ngozi, cette femme au riche parcours professionnel qui s’était battue pour réduire la corruption et la dette publique dans son pays.

Qui est Ngozi Okonjo-Iweala

Ngozi Okonjo-Iweala est née le 13 juin 1954 à Ogwashi-Ukwu, dans le delta du Niger d’une professeure de sociologie et d’un professeur d’économie, des chefs traditionnels avec rang royal. Diplômée d’Harvard et du Massachusetts Institute of Technology (MIT), deux des célèbres universités américaines, elle entre à la Banque mondiale en 1982 et suit sur le terrain les projets financés par cet organisme avant de devenir secrétaire du Conseil d’administration de la Banque. Sollicitée par le président nigérian Olusegun Obasanjo en 2003, le Dr Ngozi devient la première femme à occuper le poste de ministre des Finances de son pays. Elle quitte donc Washington où elle laisse son mari et ses quatre enfants afin de mettre son expertise au service de son Nigéria natal.

Sous sa direction, des entreprises industrielles publiques sont privatisées, et une concurrence se développe dans les télécommunications. Elle lutte contre la corruption, publiant les recettes de l’industrie pétrolière ainsi que les sommes versées aux collectivités locales, pour que « l’argent du pétrole aille dans les écoles et les hôpitaux plutôt que dans les poches de quelques-uns ».

Elle lance des procédures de révocation sur des ministres, des juges, des militaires, des gouverneurs, et le chef de la police nationale, gagnant le surnom de « Okonjo-Wahala » (en langue yorouba, ce qui peut se traduire par « l’emmerdeuse »). Elle consacre également son énergie à réduire et à renégocier la dette publique de son pays et y réussit assez bien : en effet, trois quarts de la dette du Nigéria (30 milliards de dollars) est effacée. Les pays créanciers du Club de Paris créent un programme spécial de remboursement pour le Nigeria et effacent pour 18 milliards de dollars dans cette dette.

En 2006, à l’approche des élections présidentielles, elle se voit proposer un autre ministère, celui des Affaires étrangères. Elle est encore une fois la première femme à occuper cette fonction dans son pays. Mais elle ne reste pas longtemps et, après deux mois, préfère quitter le gouvernement, la période se prêtant moins aux actions de fond. Le bilan de son mandat au ministère est flatteur, avec, notamment, 1 milliard de dollars de remboursements économisé par an, un taux d’inflation annuel ramené de 23 % à 11 %, et un produit intérieur brut multiplié presque par 3. Elle a créé également un fonds spécifique pour les femmes africaines chefs d’entreprise.

Redevenue disponible, elle est rappelée en 2007, par le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, qui fait d’elle sa directrice générale. En 2012, elle est candidate pour en devenir la présidente. Le 14 avril 2012, elle reçoit le soutien de son ancien concurrent José Antonio Ocampo, mais l’Américain Jim Yong Kim est nommé à ce poste à ses dépens le 16 avril 2012.

Entre-temps, elle est de nouveau ministre des Finances, de 2011 à 2015. Une de ses mesures est d’arrêter les subventions aux distributeurs d’essence, ce qui double le prix du carburant à la pompe, pour financer des investissements dans les infrastructures et dans la santé des femmes enceintes. Le 9 décembre 2012, sa mère est kidnappée, les ravisseurs exigeant une rançon et sa démission. Mais sa mère fausse compagnie, à 83 ans, à ses ravisseurs.

En septembre 2015, quittant le gouvernement, elle devient présidente du Conseil d’administration de GAVI Alliance, une organisation favorisant l’accès à la vaccination en Afrique, y succédant à Dagfinn Høybråten, ancien ministre de la santé norvégien et actuel Secrétaire général du Conseil nordique des ministres.

Ngozi Okonjo-Iweala est coprésidente de la Global Commission for the Economy and Climate, avec Nicholas Stern et Paul Polman. Elle est également présidente du conseil d’administration de l’Institution Nelson Mandela, un organisme-cadre des Instituts africains des sciences et de la technologie, présidente du conseil d’administration de l’université africaine des sciences et de la technologie d’Abuja et administrateur de la Fondation Carnegie pour la paix internationale.

En 2020, elle est candidate à la direction de l’Organisation mondiale du commerce, avec pour adversaire la Sud-Coréenne Yoo Myung-hee. Cette dernière se retire début 2021, ouvrant la voie à la nomination de Ngozi Okonjo-Iweala à la tête de l’OMC en mars prochain.

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